TRIBUNE : Si le virus A H1N1 mute ...ou l’escroquerie à l’échelle planétaire

de Marc Zaffran/Martin Winckler*, 22 janv. 2010, publié à Archipel 176

Alors même que les évidences épidémiologiques de bénignité de la grippe A H1N1 s’accumulent, l’argument numéro un invoqué par les tenants de la vaccination de masse est «la possibilité d’une mutation du virus» . Or, cette éventualité n’est pas seulement scientifiquement improbable, elle est aussi le principal argument qui disqualifie la vaccination: contre un virus mutant, un vaccin ne sert à rien.

Les relevés épidémiologiques le montrent (y compris dans les rapports de l’OMS, l’institution qui a tiré la sonnette d’alarme), la pandémie de A H1N1 n’est pas du tout aussi catastrophique qu’on a pu l’annoncer, alors même que le virus semble plus contagieux puisqu’il se transmet même quand il fait chaud. Plus contagieux, mais moins dangereux.

Dans l’hémisphère sud, où la santé de la population est proportionnellement plus précaire qu'au Nord, la mortalité est inférieure à celle d’une grippe saisonnière habituelle. De plus, comme l’OMS ne demande plus de confirmer les cas de grippe «puisqu’il y en a trop» , on est en droit de penser que le nombre de personnes atteintes par la grippe est bien plus grand qu’estimé, mais comme le nombre de morts attribué au virus (un mort, ça se comptabilise) est faible, la proportion de décès par rapport au nombre de personnes touchées est donc probablement encore plus faible qu’on ne l’estime actuellement.

On est donc en droit de penser que premièrement, il n’a pas de raison de provoquer plus de décès dans les pays du Nord, dont la population est en meilleure santé que celle du Sud. Deuxièmement, comme il est très contagieux et qu’il y a déjà des foyers épidémiques en Europe, d’ici quelques semaines il y aura de plus en plus de personnes déjà immunisées (et toujours vivantes) qui agiront comme des barrières pour protéger les autres. Avant même que le climat hivernal ne s’installe. On peut s’attendre donc à ce que la «grande épidémie» n’ait pas lieu...

Arguments scientifiquement incohérents

Cependant, dans les pays développés comme la France, qui ont commandé des millions de vaccins, on continue à répandre des messages terroristes pour inciter les populations à se vacciner.

Les arguments? «Le virus A H1N1 touche des strates de la population que le virus A H3N2 (habituel) ne touche pas: les jeunes adolescents et adultes» ; c’est vrai, apparemment, mais ça ne le rend pas plus grave, d’ailleurs parmi les décès, on trouve surtout des patients immunodéprimés ou très malades qui sont très jeunes ou très âgés, et non des jeunes adultes; la grippe touche les jeunes adultes, mais elle ne les tue pas comme s’il s’agissait d’une méningite cérébro-spinale; à ma connaissance, les vacanciers touchés dans des colonies de vacances en Isère, cet été, ont guéri en moins de temps qu’il ne fallait pour le dire...

«Le virus AH1N1 touche les femmes enceintes» : c’est vrai, mais l’autre aussi; et c’est bien connu: les femmes enceintes sont en état de «tolérance immunitaire» vis-à-vis de leur f’tus, ce qui les rend un peu plus sensibles aux virus qu’en temps normal; rien de nouveau, donc.

«Le Tamiflu n’est pas constamment efficace» : c’est vrai, et on le sait depuis longtemps, car aucun médicament ne peut être constamment efficace sur quoi que ce soit (tout simplement parce qu’un médicament n’a pas le même métabolisme chez tous les individus, pour des raisons génétiques, et parce que des résistances surviennent pour tous les anti-infectieux, qui «sélectionnent» des germes résistants); cela dit, ce n’est pas nouveau, car l’efficacité du Tamiflu est toute théorique: il est censé raccourcir la durée et atténuer la gravité de la grippe s’il est pris dès les premiers symptômes mais il y a tout plein de maladies (du rhume à la bronchite saisonnière bénigne) qui commencent comme une grippe, et durée et gravité de la grippe sont variables d’une personne à une autre, il est donc impossible de vérifier que c’est le Tamiflu qui raccourcit les symptômes de la grippe, car toute expérimentation d’un antiviral sur une maladie de courte durée (huit jours) n’a aucune signification. En matière de maladies infectieuses virales, un vieil adage clinique dit: «un rhume mal soigné dure une semaine, un rhume bien soigné dure huit jours» ...

Mais l’argument qui remporte le pompon de l’escroquerie est celui qui court avec le plus d’insistance en France quand on oppose à la vaccination de masse les objections qui précèdent. Cet argument proprement magique est celui-ci: «Et si le virus mute...?»

Le virus a déjà muté

C’est d’ailleurs en mutant qu’il est devenu plus contagieux et que l’épidémie a commencé. Mais cette mutation, qui lui a conféré une plus grande contagiosité, ne lui a pas conféré pour autant une plus grande dangerosité. Un virus a un seul but dans la vie: multiplier son ADN le plus vite possible pour survivre génétiquement, comme le font tous les êtres dotés d’un ADN. Or, un virus, c’est un ADN réduit à sa plus simple expression. Son but, ça n’est pas de rendre malade. Les symptômes de la maladie sont liés aux réactions de l’organisme destinées à éradiquer le virus: la fièvre, c’est le corps qui la produit pour empêcher le virus de se reproduire; les courbatures, c’est la contraction intense des muscles pour produire de la fièvre; la toux, c’est la réaction inflammatoire du nez, de la trachée et des bronches à l’entrée du virus dans les tissus respiratoires. Le virus, lui, il a intérêt à ce que le patient reste debout et le transmette dans ses gouttelettes de salive.

On comprend donc que pour qu’un virus soit très contagieux (par voie aérienne), il faut aussi qu’il soit relativement bénin. S’il est très dangereux, il risque en effet de tuer ses hôtes avant qu’ils ne l’aient transmis. Les virus les plus contagieux de la planète, ceux du rhume de cerveau, ne tuent personne...

«Bon, d’accord, admettons! Mais quand même! Et s’il mute de nouveau et devient dangereux cette fois-ci? On ne peut pas le savoir à l’avance!»

Ah, mais c’est là que l’escroquerie intellectuelle touche à son comble, comme vous allez le voir.

La phrase «Bon, mais s’il mute de nouveau?» ne résiste pas à l’analyse rationnelle:

Les mutations sont ce qui permet à un organisme de survivre ou le conduisent à disparaître; virologiquement, biologiquement et épidémiologiquement parlant, il est peu probable que le virus A H1N1, qui a en quelque sorte «réussi son coup» et pris la place du AH3N2 au hit-parade des grippes grâce à une mutation qui le rend plus contagieux (mais moins dangereux) mute de nouveau pour devenir brusquement plus mortel (et donc moins contagieux) dans un délai très court. Rappelons qu’il n’avait pas muté depuis 1956...

Par quel miracle muterait-il simplement en passant de l’hémisphère sud à l’hémisphère nord? Pourquoi pas chaque semaine, pendant qu’on y est?

Brusquement, l’OMS le déclare tout de go: «Le virus n’a pas muté» .

Mais surtout, l’argument «Et si le virus mute de nouveau...» vient de montrer tout récemment son inanité (et son caractère de poudre aux yeux), grâce à un communiqué sibyllin datant du 4 septembre: «D’après l’OMS, le virus a provoqué 2.800 morts dans le monde 1 mais n’a pas muté.» (Vous trouverez ça partout.)

Cette nouvelle sibylline mais cruciale disqualifie complètement les discours terroristes mais montre aussi par la même occasion que leur seul but était de faire commander des vaccins en masse.

Vaccinez-vous, le virus peut muter!

Car cet argument ne tient pas et n’a jamais tenu; en effet pour qu’un vaccin soit efficace, il faut que le virus reste stable... On ne voit donc pas l’industrie se lancer dans la fabrication d’un vaccin contre un virus qui risque de muter d’une seconde à l’autre (ou d’un continent à l’autre)...

Quand je suis arrivé à Montréal et que j’ai pris une assurance pour mon logement, la préposée de la compagnie d’assurance m’a proposé un supplément «tremblement de terre». Ca m’a fait éclater de rire. J’ai dit «Montréal n’est pas sur une zone sismique» 2. Elle a dit «C’est vrai, mais on la propose quand même, c’est seulement 20 $ par an.» Je lui ai demandé si elle avait un supplément astéroïde... Elle n’en avait pas. Je n’ai pas pris le supplément tremblement de terre. Mes inquiétudes ont des limites.

Et bien, pour la grippe, on vous a fait le même coup, messieurs-dames les partisans d’une vaccination de masse!3

On vous a incités à commander des vaccins en nombre incroyable, envers et contre l’évidence de la bénignité de la grippe A H1N1 telle qu’on l’observait, en direct, dans l’hémisphère sud, en vous disant «Ah, mais si le virus mute» . Et maintenant que les vaccins sont fabriqués et vont pouvoir être livrés, on vous envoie un message rassurant, via l’OMS en vous disant que le virus n’a pas muté.

Et c’est très important qu’on vous dise que le virus n’a pas muté. Parce que si on continue à vous effrayer avec le spectre d’une nouvelle mutation, vous risquez de vous rendre compte que le vaccin dont vous avez commandé des millions de doses, (et dont on commence à dire déjà que «une seule dose suffit»...), si le virus mute, ce vaccin... il ne servira à rien!

Autrement dit: en agitant la peur d’un virus qui «pourrait» devenir dangereux, on vous a vendu un vaccin qui, si le virus était vraiment devenu dangereux ne vous aurait, de toute manière, pas protégés...

Il ne vous reste plus qu’un vaccin très coûteux, peut-être efficace (mais c’est pas sûr) contre un virus... bénin.

Notez bien que l’OMS a dit «Le virus n’a pas muté» . Sous-entendu «Pour le moment» . Au printemps prochain, il sera toujours le temps de dire qu’il «a muté légèrement et qu’il faut fabriquer un nouveau vaccin» . C’est d’ailleurs ce que l’industrie fait depuis 30 ans avec le virus «A H3N2» pour justifier de vendre un nouveau vaccin chaque année (en laissant entendre que l’immunité acquise au contact du virus ne compte pas et que celle que conférait le vaccin de l’année précédente est désormais caduque...).

Ca me fait penser irrésistiblement aux élixirs de jouvence ou à faire pousser les cheveux que les charlatans vendent dans les westerns, avant de quitter la ville nuitamment pour ne pas se faire lyncher au petit matin quand les habitants auront découvert que c’est de l’eau sucrée.

Mais cette fois-ci, le charlatan est le consortium d’entreprises les plus riches au monde, et l’escroquerie est planétaire.

* Médecin français, dont le nom de plume est Martin Winckler. Il anime un blog consacré en partie à la situation du système médical français. <martinwinckler.com/>

  1. La grippe A H3N2 provoque plusieurs centaines de milliers de morts par an.

  2. Apparemment, j’ai tort, comme le relève le site «Séismes Canada», mais ça ne me fait pas changer d’avis pour autant. Je refuse absolument de vivre dans l’angoisse permanente de «ce qui pourrait se passer si...» .

  3. Voir le très bon article de synthèse, posté sur le site du Nouvel Observateur

http://tempsreel.nouvelobs.com/index.html

(Il est plus nuancé que ma position.)