USA / EUROPA: La police politique de Trump, bientôt en Europe!

de Sophie Guignard, Sosf, 14 avr. 2026, publié à Archipel 357

ICE: Symbole de la vertigineuse dérive autoritaire des États-Unis.

En 2025, elle a causé la mort de 32 personnes. Mais ce sont les exécutions en 2026 de deux activistes blanc·hes à Minneapolis qui ont provoqué une vague inédite de réactions. Cela en dit long sur notre tolérance à la violence tant qu’elle touche les autres.

Selon le chercheur spécialiste de l’autoritarisme Lee Morgenbesser, l’ICE revêt les caractéristiques des polices secrètes des États autoritaires: elle vise les opposant·es et les dissident·es, n’est pas contrôlée par d’autres agences de sécurité et répond directement au chef de l’État, l’identité de ses membres et ses opérations sont secrets, elle se spécialise dans la surveillance et l’espionnage politique et pratique des fouilles, arrestations et interrogatoires arbitraires, des dé-tentions à durée indéterminée, des disparitions et de la torture.

L’ICE existait bien avant Trump, elle est une suite directe du National Security Act, en réaction aux attentats du 11 septembre 2001. C’est à ce moment de l’histoire américaine que remonte la rhétorique de l’ennemi de l’intérieur. L’ICE déporte et tue depuis longtemps: l’administration Obama est par exemple responsable de 3 millions de déportations. En revanche, elle est indénia-blement devenue plus massive et plus visiblement violente. Et surtout, un outil de propagande du régime trumpiste.

Que l’ICE s’acharne sur le Minnesota n’est pas un hasard. Minneapolis fait partie des villes dites sanctuaires, cela signifie que les autorités communales ne collaborent pas activement avec la police de l’immigration. Le fait que l’État social y fonctionne et que les personnes immigrées sans documents soient protégées est un affront direct au trumpisme. Cela contredit par les faits le discours sécuritaire et la rhétorique de l’ennemi de l’intérieur.

La fonction gestapiste de l’ICE n’est que la cristallisation des rapports de force sous la nou-velle administration américaine. Le message envoyé par ICE ne s’adresse pas qu’aux personnes immigrées, mais bien à tou·tes les opposant·es au régime trumpiste.

Glissement rapide vers le fascisme

Ce qui a été accéléré par le retour de Trump au pouvoir repose sur une tolérance à la violence qui a augmenté sur les années. Être indifférent·e à la violence tant qu’elle touche des personnes jugées dangereuses, simplement parce qu’elles ne font pas partie de la communauté nationale est un grave précédent. Et soyons honnêtes, nous y sommes déjà, en Europe aussi. L’ampleur des violences policières et le refus des autorités de s’y confronter le montrent de manière flagrante. De même que les millions investis dans la répression, l’enfermement et l’expulsion des personnes migrantes. C’est cela qui permet les étapes suivantes. Qui arrivent tout bientôt.

La «directive retour» acceptée en commission du Parlement européen crée les conditions d’émergence d’une ICE européenne. Si Frontex remplissait déjà ce rôle aux frontières extérieures et au-delà, grâce au vote des droites européennes, de telles milices pourront évoluer à l’intérieur du territoire. Le texte obligerait les États membres à mettre en place des «mesures de détection» des personnes sans papiers, quitte à mener des perquisitions dans des domiciles privés et «autres lieux pertinents». Il vise évidemment à favoriser les expulsions, y compris en transférant les personnes dans des centres situés en dehors de l’UE. Qui ne veut laisser un millimètre aux fascistes doit radicalement refuser la rhétorique sécuritaire de l’ennemi de l’intérieur. L’idée qu’il y ait des individus illégaux et les autres en est un élément substantiel. Plus l’autoritarisme avance, plus l’idée même que la terre est un bien commun et la liberté de mouvement un objectif politique devient subversive. Elle est pourtant plus que nécessaire à l’avènement d’un monde débarrassé du fascisme.

Sophie Guignard, Sosf (Solidarité sans frontières)

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